Canards et bécassines au Pays des Hautes Falaises

Situé sur la voie migratoire majeure du palé arctique occidental, le Pays de Caux offre sa façade maritime aux migrations pré et post nuptiales. A la descente comme au retour, il est un passage obligé des migrateurs.

Constitué d’un plateau recouvert d’un riche limon , le Pays de Caux tombe à pic d’une hauteur d’environ 100m sur la Manche et propose un splendide abri des vents de Nord Est à Sud Est à l’avifaune migratrice en déplacement: les falaises de la cote d’ Albâtre. Le Pays de Caux n’est ni une halte de repos ni une manne nourricière pour cette faune ailée comme le sont des régions plus septentrionales telles que les Pays Bas, la Belgique, le Nord de la France et la cote picarde aux cotes basses flanquées de marais littoraux providentiels pour le repos et la restauration. Ce n’est pas non plus en bordure de mer que les oiseaux peuvent stationner et se restaurer, les fonds sont trop profonds, donc inhospitaliers. Seules quelques vallées littorales assez étroites (quelques centaines de mètres) creusées par les fleuves côtiers (l’Yères, l’Arques, la Scie, la Saane, le Dun, la Durdent) au parcours sinueux de quelques dizaines de kilomètres et qui se jettent dans la Manche offrent une escale à nos visiteurs saisonniers sur quelques centaines d’hectares de prairies humides quelquefois marécageuses.
L’invitation ne tente que ceux des oiseaux qui sont fatigués ou qui souhaitent se restaurer. Ceux-là tentent donc une halte en profitant de l’entrée des vallées. On dit qu’ils sont «dans la longueur».

Les «cacheux» du Pays de Caux l’ont bien compris. Quelques gabions ont été installés de part et d’autre des cours d’eau par les heureux propriétaires de parcelles excédant rarement la dizaine d’hectares.

Les propriétaires, pour la plupart des sauvaginiers passionnés, pratiquent aussi la chasse à la bécassine dès lors que les territoires offrent les qualités que requiert l’oiselle, c’est-à- dire juste ce qu’il faut d’humidité pour permettre le développement d’une microfaune (vers, larves).
Les plus passionnés, qui sont aussi les plus avertis, créent artificiellement les meilleures conditions d’accueil. Rien ne les effraie: girobroyeur, pompe et tracteur permettent de préparer le terrain que la nature n’offrirait qu’à l’automne. Dès Juillet, le travail commence. A l’ouverture, en août, tout est prêt et la demoiselle est au rendez vous.



Rappelons que de la Baie de Somme à la Baie de Seine ; deux haltes migratoires d’importance, la distance est de 200 km. Il n’est pas surprenant que des oiseaux aient besoin de souffler. Ce sont ceux là que les Cauchois convoitent. S’engageant dans les allées humides citées plus haut, quelques uns continuent leur périple en fond de vallée et survolent le plateau. C’est ainsi que sont nées plusieurs voies de migration secondaires utilisées par les sauvaginiers locaux qui y ont installés leurs gabions. Les plans d’eau sont alors des mares restaurées ou créées artificiellement sans contexte marécageux. Il en est ainsi de la bordure de falaise jalonnée du même type d’installation souvent à proximité des valleuses (petites vallées sèches) dont profitent les canards en quête de repos pour se rendre sur le plateau. L’étape cauchoise des anatidés n’est donc pas sans danger bien que les quelques six cent installations dénombrées dans le département n’aient pas un indice d’occupation très élevé.

A voir défiler en mer des milliers de migrateurs flirtant avec la crête des vagues à quelques encablures des plages, les sauvaginiers cauchois ne reçoivent la visite que d’un infime pourcentage de l’avifaune migratrice…
Et l’avenir des populations semble parfaitement assuré. Néanmoins, seules des études sérieuses et objectives permettront de confirmer cette impression afin que les «cacheux» du Pays de Caux, et les autres ; continuent leur activité traditionnelle et ancestrale. Elles permettraient d’assurer la pérennité d’une activité qui n’est rien d’autre que l’exploitation rationnelle d’un patrimoine naturel pour peu qu’elle reste dans le cadre d’un développement durable.

Dominique BENARD